jeudi 29 novembre 2012

Sommes nous ce que nous mangeons ? Cas du bio - (Psychofood 0)

Ce vieil adage a été à nouveau testé par Kendall J. Eskine de l'université de Loyola de la nouvelle Orléans. Des recherches récentes ont montré l'existence de lien entre les saveurs des produits consommés et les attitudes morales et le comportement social des consommateurs. Ces recherches portaient sur les effets psychologiques des produits sucrés ou amers.

Kendall J. Eskine s'est posé la question de savoir si un lien similaire existait pour la consommation des produits issus de l'agriculture biologique aux États-Unis. Il constate que les produits issus de l'agriculture biologique (BIO) sont implicitement ou explicitement associés à des valeurs morales comme la pureté, le respect, ou la naturalité. Autant dire que les représentations mentales des produits BIO et les représentations morales partagent possiblement le même territoire cognitif. En quoi l'exposition à des produits BIO pourrait-elle altérer les jugements moraux et l'attitude sociale d'une personne ?

Certains chercheurs ont déjà montré que notre jugement sur les animaux est altéré s'ils font ou s'ils ne font pas partie de notre régime alimentaire. Les consommateurs ont ainsi tendance à considérer que les volailles, les bovins ou les poissons disposent de capacités mentales moindres (par exemple de sentiment moral, de mémoire, d'émotion) que les animaux dont on ne consomme habituellement pas la viande comme les chats et les chiens. Les préférences alimentaires se transforment à l'évidence en valeurs ou jugements, c'est la thèse de Rozin, un des grands spécialistes de la psychologie des aliments. D'après Rozin, deux formes de liens pourraient s'établir entre les produits BIO et les jugements moraux. La première extrapole le rôle que la consommation des produits BIO peut jouer sur la prise en charge de sa santé (« moral expansion »). Le second considère la perception du rôle que les produits BIO jouent dans la protection de l'environnement (« moral piggybacking »). 

Kendall J. Eskine a développé un schéma expérimental au cours duquel des personnes sont exposées à l'un des trois types de produits alimentaires suivants : produits BIO, produits d'indulgence (crèmes glacées) ou produits de contrôle (riz). Dans un premier temps, les participants énoncent leurs préférences pour ces produits. Ils effectuent une classification de ces produits, cela afin de tester la qualité de la classification des produits dans ces 3 groupes par le chercheur. Ensuite, les participants apprécient la moralité de comportements ambigus qui leur sont présentés sur des posters (un étudiant dans une bibliothèque met un livre dans son sac). Finalement, un autre professeur leur a demandé s'ils acceptaient de donner un peu de leur temps de manière volontaire pour un petit travail.

Le chercheur s'est alors attaché à déterminer s'il y avait un lien entre l'exposition des volontaires aux produits et leurs jugements moraux et leur décision de donner un peu de leur temps. Les tests ont été réalisés en prenant en considération les préférences. Ces travaux montrent qu'il existe bel et bien un lien entre exposition d'un côté et le jugement moral et le comportement social de l'autre. Le BIO apparaît comme moralisateur et antisocial. Une influence cachée ?

En absence de relation avec leur préférence, on ne saurait conclure de cette étude que les consommateurs de produits issus de l'agriculture biologique sont, par nature, plutôt moralisateurs ou antisociaux. Ils subissent donc l'influence des produits qu'ils consomment !

Dans la série PsychoFood, lire et relire

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